Octobre Rose : combattre la désinformation pour sauver des vies

À l’occasion d’Octobre Rose, Aurélie Jean, scientifique, autrice et entrepreneure engagée dans la santé des femmes, partage son regard sur la désinformation autour du dépistage du cancer du sein.


Après plus de quarante ans de campagnes de sensibilisation dédiées au dépistage du cancer du sein, le taux de participation en France n’est que de 44 %, bien en deçà des 70 % préconisés par l’Union européenne. Cette adhésion a même diminué au cours des dernières années, s’expliquant notamment par un essoufflement de la diffusion des messages clés, possiblement éclipsés par une démarche somme toute commerciale autour de la couleur rose.

À cela s’ajoute la crise de l’information qui, depuis la pandémie de Covid, abîme davantage la parole scientifique et médicale en favorisant une diffusion accélérée de fausses informations sur les réseaux sociaux et dans le monde physique. Utilisons ce mois d’octobre pour mettre en exergue l’importance de s’informer pour sauver des vies.

De nombreuses idées reçues altèrent aujourd’hui la perception du dépistage du cancer du sein. Qu’il s’agisse du déroulement de l’examen encore trop méconnu, des douleurs aujourd’hui en partie réduites grâce aux équipements récents, d’une surestimation des doses de radiation reçues ou encore de la proportion exagérée de cancers de l’intervalle (diagnostiqués entre deux mammographies de dépistage régulières), les connaissances des femmes et du public en général ont encore besoin d’être éclaircies.

Force est de reconnaître que s’informer s’inscrit dans un cadre de droits, devoirs et obligations pour chaque partie prenante dans le respect de chacun : la patiente, le manipulateur réalisant l’examen mammographique et le médecin.
La patiente a le droit de se renseigner et d’interroger à tout moment le manipulateur et le médecin avant, pendant et après l’examen.
Le manipulateur et le médecin ont l’obligation de répondre aux questions et le devoir de renseigner la patiente de manière proactive.
La patiente ayant en retour le devoir de s’interroger sur sa propre compréhension et ses craintes quant aux informations qu’elle peut lire ou entendre, qu’elles proviennent d’elle-même, du manipulateur ou du médecin, afin de leur communiquer le plus efficacement possible et donc de les challenger.

Aujourd’hui, fort heureusement, l’information médicale, comme toute information, n’a jamais été aussi accessible et intelligible, grâce, entre autres, aux nouvelles technologies de communication, dont les réseaux sociaux et les agents conversationnels largement adoptés.

Néanmoins, cette information est également fragilisée par les phénomènes de viralité (le partage accéléré et la mise en avant de certains contenus sur les réseaux sociaux, davantage recommandés) propres aux approximations, aux contre-vérités et aux mensonges, qui nous font davantage réagir, en tant qu’utilisateurs de ces mêmes technologies.

Dans cette époque informationnelle nouvelle, il est recommandé de chercher systématiquement à interroger l’origine de l’information et donc la source (corps médical, institution publique, journal…), à chercher cette même information ailleurs afin de croiser les sources et les contenus, ou encore à tout simplement demander à son médecin traitant voire à son pharmacien dont la proximité que nous développons avec lui est clé dans la confiance accordée.

De toute évidence, la construction de notre immunité informationnelle (par analogie avec le système immunitaire biologique, qui suppose la capacité d’une personne à identifier les fausses informations, par exemple) exige un engagement de l’ensemble des acteurs. La patiente y occupant une position centrale, en devenant pleinement protagoniste de sa santé en en maîtrisant mieux les enjeux.

En plus d’être un moment privilégié de sensibilisation, Octobre Rose doit également plaider en faveur de l’adoption d’habitudes individuelles et collectives afin de lutter contre la désinformation et ainsi sauver des vies !

Scientifique spécialisée en modélisation algorithmique et autrice d’essais à succès, Aurélie Jean a consacré dix ans à la recherche académique, principalement sur des problématiques (bio)médicales. Elle dirige aujourd’hui Infra, une medtech axée sur l’intelligence artificielle et la médecine préventive féminine.

Crédit photo : Virginie Pineda